Conjuration

« Pour qui l’a compris, les poèmes du début de ce livre ne sont point précisément faits en haine de ceci, ou de cela, mais pour se délivrer d’emprises. La plupart des textes qui suivent sont en quelque sorte des exorcismes par ruse. Leur raison d’être : tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile ».

Henri Michaux

Préface à Épreuves, exorcismes 1940-1944

1. – Une conjuration

 

Conjuration

(Nom féminin)

  1. 1) Action préparée secrètement par un groupe de personnes (contre quelqu’un ou quelque chose). 

    2) Rite, formule magique pour chasser les démons, orienter des influences maléfiques.

 

Conjuration, c’est le nom d’un projet de théâtre nomade qui s’installe une semaine et propose autour des notions de catastrophes, d’écologies, d’apocalypse et d’émancipation :

 

  • Des performances
  • Des enquêtes sur l’écosystème de la ville, du village ou du quartier
  • Des rencontres individuelles artiste/habitant
  • Des ateliers éco-poétiques (écritures et lectures collectives)
  • Des projections
  • Une veillée (concert, lectures, échanges)
  • Des invité.e.s
  • Une conjuration finale par le Collectif Eskandar

 

Comment vivre une vie singulière dans un monde qui uniformise les êtres, les comportements et les imaginaires ? Comment appréhender son devenir, l’inventer, quand la relation entretenue aujourd’hui avec l’avenir est exclusivement apocalyptique ?

Aujourd’hui le réchauffement climatique, la crise sanitaire et la catastrophe écologique sont au cœur de nos préoccupations collectives et nous peinons à imaginer un avenir autre que mortifère. Nous ne savons pas comment bouleverser les modes de vie dans lesquels nous sommes et nous nous retrouvons comme orphelins d’organisations politiques et collectives autres. Comment déjouer ainsi ce qui partout nous semble être promis : des sociétés fascistes dans un monde en guerre en partie inhabitable ?

Rien ne peut cependant nous dire que des mondes nouveaux et d’autres formes d’organisations sociales plus vertueuses ne pourraient pas apparaître.

Comment faire droit à d’autres imaginaires en nous, d’autres paroles que celles qui nous condamnent à l’inaction, à la culpabilité ou à l’apathie ? Comment sortir du seul régime de la peur ? Comment conjurer cette apocalypse tant réelle que fantasmée ? Prendre toute la mesure du désastre en cours tout en réaffirmant des puissances d’agir ? Comment parler aussi de la beauté du monde et de la fragilité de nos vies ?

À partir de ces interrogations, il s’agira alors de proposer un espace de théâtre nomade comme une série de conjurations pour se délivrer de l’emprise de la peur, pour essayer de tenir en échec les puissances hostiles, pour nous permettre de libérer nos imaginaires d’une lecture exclusivement mortifère de l’avenir, et pour, avec le théâtre et à notre manière, humble et fragile, participer à transformer la vie.

 

2. – Un théâtre nomade 

 

« Le théâtre n’est pas un produit, c’est un processus de production. La recherche, les castings, les répétitions et les débats connexes doivent être accessibles au public. »

Nouveau manifeste de Gand

Milo Rau

 

Pendant une semaine, les artistes du collectif Eskandar partent enquêter dans une ville ou un village, un établissement scolaire ou une entreprise, un théâtre ou un quartier.

Comment vit-on ici et pourquoi pas ailleurs ? Comment ce territoire dialogue-t-il avec le reste du monde et avec l’environnement ? Comment rêve-t-on ici l’avenir ? Comment peut-on retrouver des espaces communs pour construire un avenir durable ?

Les artistes rencontreront des gens de tous les âges et de tous les horizons, enfants, adolescents, adultes, personnes âgées, liront avec elles et avec eux des textes philosophiques, littéraires, compulseront la presse, organiseront des réunions de travail, composeront et écriront chaque jour, pourront visiter les immeubles, les édifices, les jardins, les collèges, les commerces, traineront sur les marchés, dans les bars et les rues, participeront aux activités sportives ou de loisirs.

A partir de ces échanges, d’interviews d’habitant-e-s portant sur le quotidien, sur le rapport que l’on entretient avec son environnement, avec la catastrophe, sur l’imaginaire de l’apocalypse, les artistes, composeront une fiction en plusieurs fragments, poèmes, songs, morceaux, chansons pour rendre compte de comment on vit ici, comment on échange, espère, rêve et invente l’avenir, quelle est la spécificité de l’environnement de ce quartier du monde et comment conjurer la catastrophe.

 

Voici quelques exemples des rendez-vous proposés pour une semaine de conjuration :

 

  • Les rencontres individuelles artiste/habitant : C’est un moment d’échange et de partage entre un artiste du collectif et un.e habitant.e, sur le rapport que l’on entretient au lieu où l’on vit, au monde animal, végétal, à la ville, à la campagne et à l’avenir du monde. Quels sont nos rêves ? Nos craintes ? Nos espoirs les plus fous ? A partir de ces rencontres individuelles, les artistes composeront et écriront des textes qui nourriront l’écriture de Conjuration, forme en plusieurs fragments, scènes, poèmes et chanson pour rendre compte de la spécificité de ce quartier du monde : comment on vit ici, comment on espère, rêve et invente l’avenir, comment on peut ensemble y conjurer la catastrophe ?

 

  • Les comités de lecture éco-poétiques sur quelques éléments de résistances écologiques : Nous découvrirons ensemble des textes divers : poèmes, romans, essais, etc. Lectures de textes en cours d’écriture, documents, dialogues, scènes de théâtre, textes théoriques ou poétiques, portant notamment sur l’apocalypse, notre rapport au règne animal, à la botanique, aux fictions de l’origine du monde. Il s’agira de partager la réflexion en cours du collectif Eskandar et d’associer un collectif de spectateurs complices à l’élaboration de notre projet. Comment conjurer la catastrophe en cours?

 

  • Les écritures collectives : Il s’agira d’écrire collectivement autour des enjeux soulevés par le projet. Comment l’écriture peut participer à la résistance écologique ? Quel est l’écosystème de cet endroit où nous vivons ?   Quel est mon rapport avec le monde animal ? Le monde végétal ? Minéral ?  Comment je me nourris ? Quel avenir j’imagine ? Quel autre monde ? Comment j’imagine aussi le partage de la terre avec le voisinage comme avec les autres peuples et espèces du monde ? Comment l’écriture peut rendre compte, porter, soulever les enjeux de l’époque?

 

  • Une veillée : moment convivial et informel de partage avec les artistes, à l’occasion duquel nous présenterons les témoignages recueillis les semaines passées ou sur d’autres territoire.

 

  • Le Chœur des conjuré.e.s : Parmi les participants aux rencontres et aux ateliers, un groupe de 5 à 8 volontaires sera constitué pour prendre part à la Conjuration qui aura lieu en fin de semaine. Leur participation consistera principalement à lire des textes et sera l’occasion pour eux de se familiariser avec le processus de création artistique, en travaillant en étroite collaboration avec les artistes du Collectif Eskandar.

 

  • Des invité.e.s : En fonction des lieux et des rencontres, nous souhaiterions pouvoir convier des chercheurs ou des chercheuses, des artistes d’autres disciplines ou des gens engagés dans les réflexions que nous abordons à nous rejoindre lors d’une veillée ou d’un temps de travail ou d’échange. Qu’est-ce que la crise écologique, qu’est-ce que la représentation de la fin du monde vient questionner dans vos propres pratiques, dans votre quotidien

 

Nous conjurerons pour la saison 20/21 :