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Erold

Une production du Préau CDR de Basse-Normandie – Vire 2012

L’histoire

Erold est l’histoire d’un jeune garçon qui fugue de l’établissement dont il est élève et qui part en voyage à travers la France pour finalement rejoindre l’Espagne et les mouvements de contestation politique. La forme musicale et théâtrale créée en résidence en décembre 2011 et janvier 2012 dans les collèges et lycées de Vire et du Bocage virois tente d’exprimer les tensions qui traversent l’adolescence – mais aussi régulièrement l’âge adulte – entre refus du monde et inscription dans le réel. Une enquête poétique, musicale et théâtrale, sur les rêves et les révoltes de la jeune génération.

Un poème rock

Après Oswald de nuit, nous poursuivons notre recherche d’une forme qui se situerait entre une fiction dramatique et un théâtre plus choral. A la croisée du théâtre et du concert, alternant entre incarnation fictionnelle et distanciation narrative, incarnation et déclamation, ce dit poétique, chanté et parlé, soutenu par une guitare, des percussions et un N’Goni (instrument traditionnel d’Afrique de l’Ouest), évoque le voyage initiatique d’Erold à travers la France et l’Europe contemporaine.

Extrait

Erold voyage
Les trains partent
L’hiver vient
Les saisons tournent
Il se perd
Dans des visions matinales

Métros aériens
Rues coupées au couteau
Vies innombrables
Rêves en pagaille
Orages
Amours informulables

Et ce qui s’efface
De ta mémoire
Chaque jour
Les douces substances
Qui meurent en ta mémoire
Chaque jour
Ce que tu as laissé
Derrière toi
Dans les grands établissements de l’enfance

Les animaux morts
La brume
Le froid
Le givre
La solitude au milieu de tous
La joie du troupeau

Le temps invisible passe
Et laisse des traces près des yeux
Comme celles d’abord
Des oiseaux mouches
Sur la surface d’un étang
L’été

Avant l’anéantissement

Erold circule
Erold s’endort
Vit
Erold est lui-même
Il tombe sur un journal
Laissé sur le siège vide d’un métro

Disparition du jeune Louis
Les recherches restent sans résultat

Il ricane
S’appelle Erold
Ne s’appelle pas Louis
Lèche les lèvres humides d’amoureuses imaginaires
De celles qui viendront
Lèche les lèvres humides d’amants imaginaires
De ceux qu’il croisera sur sa route

Il circule
Personne ne l’en empêche
Sur le bord du fleuve
Il parle
Avec ceux qui se brûlent le bout des doigts
Avec des briquets pour faire disparaître
Leurs empreintes digitales

Africains
Roumains
Tziganes
Roms

Nous sommes les esclaves de la terre

Ils disent

Il n’y a aucune place où nous puissions être
Nous sommes nomades
La terre n’appartient à personne
Les lents mouvements des nuages
Circulent au-dessus de tous les cerveaux sans distinction
Le reste c’est des histoires de guerre

Et c’est encore un fleuve
Qui disparaît au loin
Et renaît près des deltas
Encombrés d’algues molles

EroldThumb

Samuel Gallet
texte, interprétation

Baptiste Tanné
composition musicale, guitare

Grégoire Ternois
Composition musicale, percussions, N’goni

Marc Pieussergues
Son

Samaël Steiner
Lumière

Une production du Préau CDR de Basse-Normandie – Vire