Issues

Un atelier d’écriture en prison. Boris, jeune écrivain, animateur de l’atelier et quatre détenus se rencontrent autour d’exercices et de jeux littéraires. Dans une ambiance tendue et décalée, un univers poétique se construit malgré l’enfermement, la violence et les incompréhensions burlesques. Des mondes se percutent. Des textes s’écrivent. Résolus à jouer une histoire de mafieux meurtriers avides de pouvoir et profondément machistes, les détenus, d’abord manipulés par Boris puis s’émancipant, développeront une ré-écriture de la pièce d’Aristophane Lysistrata, se travestiront en femmes casseuses de grève et questionneront dans un poème lyrico-comique la démocratie et ses exclus.

Ouvrage publié avec le soutien du Centre National du Livre

Quelques notes


A la formule: «vous êtes ce que vous êtes», ils ont ajouté : «vous pouvez être autre chose»
Paul Eluard
L’évidence poétique

Écrire, c’est sauter hors du rang des assassins
Kafka

Inspirée par de nombreuses expériences d’ateliers d’écriture notamment au centre pénitentiaire de Saint Quentin Fallavier ( Isère ), cette pièce poursuit une réflexion théâtrale et sensible sur les espaces dissimulés, périphériques ou marginaux de notre société. En prenant comme motif l’atelier d’écriture en prison, en travaillant sur la confrontation de deux mondes totalement distincts, je souhaitais interroger la séparation des conditions et des paroles, la question de la sexualité et du manque, le vertige abyssal du manque, la possibilité de la rencontre, la violence sans remède, la folie de l’enfermement, l’aporie de l’enfermement, l’ambiguïté de l’enfermement, les politiques culturelles, l’impuissance de l’art,  mais également mon propre rapport à la question de la prison, mon père ayant passé sa vie à travailler avec des sortants de taule qui souvent y retournaient. Saluer aussi les êtres croisés – réels et/ou imaginaires – passés et présents – Kateb Yacine, Olivia et Maïmo, 100 000 dollars, YHB 144, Jack Daniel’s dix ans d’âge, 8000 euros, El Escrot, Que-Du-Soleil, mon voisin pervers, la Grosse Nisrine, l’archiviste, les filles de la Croix Rousse, Mon Momo, les quartiers populaires, le Cut-Up,  les blagues de cul, les vies merdiques, Aïcha, Said, Yasmine, Aladin, les gamins célestes, Labrador et Nénuphar. Et le travestissement. Et les méchouis. Et la force de l’imaginaire. Parler également de cette sensation vécue : à la fois le ridicule de faire écrire des gens emprisonnés qui ne viennent pour la plupart d’entre eux – et c’est bien normal – que pour ne pas être en cellule ou pour gagner des grâces afin de raccourcir leur peine,  et de l’autre ces instants difficilement explicables où les murs n’existent plus un instant pour personne, où les détenus ne sont plus réductibles à leur condition de détenus, à leurs vies foirées, foutues, où nous discutons entre égaux de l’avancée d’une pièce, des représentations à construire, de l’amour qui manque, de l’imaginaire.  Ces êtres emprisonnés mis à côté de la société, dépossédés,  ces êtres qui peuvent être n’importe qui,  déchus, n’existant plus que comme des numéros d’écrous, réfléchissent le dehors et nous donnent une représentation de la société actuelle. De la politique actuelle. Que les réalistes se rassurent. Il n’est pas question dans cette pièce que l’art sauve de la prison. Que l’art sauve de quoi que ce soit. Qu’on se rassure. Les détenus ne seront pas sauvés.  Il est plutôt question dans ISSUES de la possibilité pour n’importe qui de construire et de donner une représentation de la société. Que n’importe qui peut être autre chose. Qu’à la phrase vous êtes ce que vous êtes, ils ont ajouté vous pouvez aussi être autre chose. Et que nous sommes tous n’importe qui.

 

Presse :
«  Outre la naissance de l’écriture, ce texte pose avec acuité la question de la place de la culture dans notre société. Il montre de manière drôle et abrupte le clivage existant entre ceux pour qui la culture est essentielle et ceux qui en sont exclus et ne la trouvent en rien nécessaire. Une tension traverse toute l’écriture, elle nous percute en permanence dans les affrontements entre Boris et les détenus, comme cette discussion au sujet de la poésie. 58 répond à Boris quand ce dernier dit que la poésie c’est simple et qu’il ne faut pas chercher à comprendre mais à ressentir: « Mettons si tu veux que le lecteur il rentre dans une librairie un soir (…) il entre dans la librairie encore ouverte au lieu d’aller se mettre une bonne mine avec des potes et il ouvre comme ça le livre de poésie (…) Mais qu’est-ce que c’est que cette merde ? Voilà ce qu’il se dit le lecteur alors il cogne le libraire Il casse la vitrine Il pisse partout sur tous les livres Et il retourne en prison à l’atelier d’écriture ».

Laurence Cazaux

Le Matricule des Anges, avril 2016

 

 

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Date de publication

2016

Éditeur

Détails

13x21cm, 96 p. env

ISBN

978-2-84705-130-8
«

Extrait

ISSUES

une pièce de théâtre poétique

Par

672
58
99
et
L’INTRUS

Merci à LABRADOR
Merci à NENUPHAR
Merci à LA PETITE NOUVELLE

Merci pour ta contribution Boris

A nos familles
A nos amis
A ceux qui pensent à nous

Spéciale dédicace à tous les autres fils de pute

»