Écrivain, dramaturge, poète, metteur en scène,
Samuel Gallet écrit pour le théâtre,
compose des poèmes dramatiques,
travaille régulièrement avec des musiciens,
cherche la friction entre musique et théatre,
politique et poésie,
périphéries et centres,
marges et attroupements.

Actualités

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Un extrait

> Communiqué n°10

Quand j’ai su pour Lakdar tombé si jeune après tant d’autres et avant ceux qui tomberont, d’abord je regarde le verre d’eau posé sur la table de la cuisine. Et c’est le lac où nous allions quand la chaleur envahissait l’immeuble, les souvenirs d’été de derrière l’autoroute. Je prends le verre, je regarde les remous de l’eau, les plages bondées, les gamins dans le soleil et les éclaboussures et le soupçon du bonheur sur le visage de mon frère. Ma mère au téléphone hurle qu’on lui rende son fils, ne comprend pas le nom de l’hôpital à l’Est de la ville, ne veut rien comprendre, confond les couverts avec des hirondelles, la fenêtre avec la porte. Les couverts volent, se plantent cinquante mètres plus bas dans la terre, ma mère enjambe le rebord, je la retiens par la taille, elle me frappe, nous roulons sur le sol, elle crie, je l’allonge, elle pleure, elle s’endort. Je bois l’eau comme si je ne buvais pas et il n’y a plus rien à voir. A l’hôpital, on me fait entrer. Dans la salle de réanimation, je reconnais mon frère. On me dit qu’il ne l’est plus depuis dix minutes, on me sert un verre d’eau. Je regarde dedans. L’immeuble, les squares, les grillages du terrain de sport, les friches, la nationale et Lakdar six ans qui dit un jour au père Tu travailles pas assez ou quoi ?, on part jamais en vacances, et la claque qu’il se prend et la honte de ma mère le visage vers dehors. Monsieur, on me dit et on me donne un sac avec ses affaires. Je m’appelle Hassan. J’ai vingt huit ans. J’existe. Je suis le frère de Lakdar. Monsieur, il faut aller voir la police. Allez-vous faire foutre, je rentre à la maison. Dans la cuisine, je laisse le verre d’eau ne pas se remplir d’images et j’attends.

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